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Premiul pentru publicistica 2015 al Asociatiei Criticilor de Film



L’excellent Sieranevada de Cristi Puiu dévoile son affiche


     Le prêtre est en retard. Il faut l'attendre. Sans lui, pas de bénédiction. Le déjeuner va refroidir. On commémore le décès du père. Déjà quarante jours. En Roumanie, il s'agit d'une vieille coutume. La famille de Lari est réunie au complet. Ambiance garantie. L'appartement bourdonne de conversations. Il y a un monde fou, la mère, des frères et des sœurs, des tantes, des pièces rapportées. Quelqu'un ramène même une amie droguée à moitié dans le coma. Cette ambiance.
     Cela se dispute à propos du 11 Septembre, de la tuerie de Charlie Hebdo qui vient d'avoir lieu. Les jeunes reprochent aux plus âgés leur passé communiste. Des affamés grignotent en douce sans attendre l'homme d'Église. Sur le chemin, le héros médecin et son épouse se sont écharpés à propos d'une robe de Blanche-Neige, ont comparé les mérites des frères Grimm et de Walt Disney. Une tante refuse de voir son mari, qui la trompe. Le fils de ce dernier, qui passe son temps à chercher des complots sur Internet, claque la porte. Le téléphone sonne. Quel joyeux bordel, quel foutoir délicieux!
     Du romanesque à la pelle
     La famille produit du romanesque à la pelle. Les larmes coulent. Les secrets n'en sont bientôt plus. Resurgissent les anecdotes les plus douteuses. Dehors, les places de parking sont chères. Entourées de neige sale, elles déclenchent des coups de klaxon et des hurlements.
     Dans Sieranevada, Cristi Puiu (La Mort de Dante Lazarescu) ne souffle pas une seconde. La parole tourne en roue libre. Au début, la difficulté consiste à savoir qui est qui, au juste. Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place. Ce huis clos s'étale comme une pâte sous le rouleau du pâtissier. Le film est long (2 h 53). Sa longueur participe de son intérêt. Pas moyen de faire autrement. Le vin libère les langues. C'est l'occasion de dresser des bilans. Comme chez Renoir, chacun a ses raisons.
Il y a de la drôlerie à voir ces gens qui n'arrivent pas à commencer à manger. Quand ils s'installent enfin devant leur assiette, ils ont l'air d'être des rescapés au milieu d'un champ de mines. Le costume du défunt est trop grand pour celui qui va en hériter. La vie est comme ça, jamais à la bonne taille. Elle a besoin de retouches. Pas de quoi en faire une tragédie.


 
(Le Figaro, 23.06.2016)


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Cuvinte cheie: cristi puiu, cronica de film sieranevada

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