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Premiul pentru publicistica 2015 al Asociatiei Criticilor de Film



“L’ultime combat”, cronică la “Muntele magic”, în l’Histoire


Du Congo à l'Afghanistan, la virtuose de l'animation Anca Damian retrace le parcours d'un Polonais combattant les Soviétiques.
     Dès le générique du film, le spectateur entre dans un univers aussi singulier qu'étonnant: la vallée du Panjshir en Afghanistan et des montagnes en papier-carton froissé. Le chemin que la caméra remonte, le long des lignes de crêtes, est animé de cette beauté artisanale reconstituant un monde dans le matériau même du rêve enfantin. Une voix off commence un récit à la première personne : un homme raconte comment il a «vécu la fin du monde». Une explosion retentit tandis qu'un éclair zèbre la montagne de papier, puis un deuxième, plus proche, enfin un troisième. Nous sommes en guerre, les Soviétiques traquent et bombardent les moudjahi­dines du commandant Massoud.
     La voix est celle d'Adam Jacek Winkler, qui raconte sa vie à sa fille. Polonais, né en 1937, il est témoin, enfant puis adolescent, de l'anéantissement de son pays, sorti meurtri des griffes nazies pour tomber dans celles de l'URSS. A 28 ans, formé à la haine anticommuniste, il quitte son pays pour participer à toutes les résistances aux Soviétiques, du Congo au Vietnam, de la Tchécoslovaquie à la Pologne de Solidarnosc. Davantage anarchiste que soldat, il lutte à sa façon, solitaire et artiste, par la plume, le dessin, la peinture, la photographie, mais toujours sur le terrain, le fusil en bandoulière, la plupart du temps en montagne. En 1979, quand les Soviétiques envahissent l'Afghanistan, il trouve son combat ultime. «J'avais enfin rejoint les miens », confie Winkler, que les moudjahidines surnomment «Adam Khan», le commandant Adam.
Un maelstrôm visuel
     Revenu en France à la fin du conflit, en 1989, il reste tin proche de Massoud et retourne régulièrement voir le héros, désormais en lutte contre les talibans. Quand ces derniers le tuent deux jours avant le 11 septembre 2001, un monde s'effondre. «J'avais fait mon temps, j'avais vécu mon apocalypse», murmure Adam Winkler en grimpant une dernière fois dans la montagne, un an plus tard. C'est sur les flancs du mont Blanc qu'il se laisse mourir, épuisé, solitaire, dans la neige, tourné vers le soleil.
     La cinéaste roumaine Anca Damian est une virtuose de l'animation. Après Le Voyage de M. Crulic, en 2011, elle fait usage dans ce nouveau film de toutes les techniques de son art, maelstrôm visuel dont le carton est la matière obsessionnelle. Il se mêle aux images réelles, photos ou de cinéma, aux traits vibrants du dessin, aux éclats colorés et lumineux de la peinture, parfois à l'eau, à la pâte à modeler, au sang même dirait-on, le reflet de l'histoire — celle que l'on a tant de mal à saisir — et de la psyché torturée du héros, qui ne cesse de retourner sur le front de l'actualité la plus brûlante tout en rêvant d'escalade extrême et solitaire dans ses montagnes. L'animation, depuis Valse avec Bachir d'Ani Folman (2008), s'est emparée de l'histoire et permet d'en faire voir le caractère fantasmatique. La Montagne magique est un chef-d'oeuvre de cette relecture de l'histoire, ici enroulée autour du récit intime d'un destin individuel méconnu, faisant feu d'images animées les plus inattendues et les plus visionnaires.
     Au-dessus du Panjshir, les hélicoptères soviétiques volent aux aguets, prêts à tirer et bombarder; dans la terre, les mines, partout, attendent leurs victimes. Les moudjahidines et les civils tentent de survivre, courent, se cachent, résistent. Anca Damian a trouvé une forme cinématographique qui fait ressentir au plus vif cette histoire qui se joue comme un drame dans la montagne, au coeur d'une beauté terrible et magique.
 
(l’Histoire no. 419, janvier 2016)


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